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Entretien

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« Regardez une grenouille dans les yeux »

Solenne Muller, spécialiste des amphibiens, nous parle de leur beauté.

Madame Grenouille. Crédit : Jérémie Mazet

Paru le 28 novembre 2023, modifié le 4 juin 2024

Ecrit par Elsa de Mon Quotidien Autrement

Les grenouilles hibernent-elles quand les températures baissent ? Saviez-vous qu’une salamandre peut vivre 15 ans ? Solenne Muller est naturaliste en Auvergne. Cette experte en herpétologie, l’étude des amphibiens et reptiles, tisse plus globalement des liens entre la nature sauvage et le public. Le sensibiliser à la beauté du monde vivant passe, pour elle, par des balades nature, des stages et, aussi, la création artistique. Elle parle à la tête et au cœur car le langage sensible permet de véhiculer l’émerveillement à travers la photographie, la gravure, la poésie…

Que font les amphibiens à l’automne ?

En ce moment, certains amphibiens sont encore actifs, comme les salamandres. Les femelles cherchent de petits ruisseaux pour mettre bas leurs bébés : des petits têtards déjà formés. On peut donc les observer encore à la faveur des pluies d’automne, le soir. C’est une espèce qui n’est pas très frileuse, qui aime bien se déplacer.

Mais plein d’amphibiens dorment en hiver. Les grenouilles se mettent à l’abri du froid dans des cachettes. La grenouille rousse s’endort dans un tapis de feuilles, dans une souche de bois morts, sous des pierres, dans une galerie de rongeurs…

Elles squattent les maisons d’autres animaux ?

Oh grenouille ou crapaud peuvent même squatter votre cave si le soupirail est ouvert. Il y a plein d’abris insolites, ça peut être le trou ou se niche le compteur d’eau à proximité des maisons.

Comment ne meurent-ils pas de froid ?

On dit que ce sont des animaux à sang froid mais c’est inexact. Il faudrait plutôt dire que ce sont des animaux dont la température dépend de l’extérieur. Ils ne fabriquent pas leur propre chaleur comme nous. S’il fait 20 °C dehors, leur corps est à 20 °C, s’il fait 10, il est à 10. S’il fait trop froid, ils doivent se mettre en « hors gel », car quand on approche de 0 ils peuvent mourir. Au printemps, leur instinct les réveille et la migration nuptiale pour la reproduction, vers les zones humides, commence. Certains mettent plusieurs années à être adultes. Une salamandre peut aisément vivre 15 ans, une grenouille 5 ou 6 ans, un crapaud 6 ou 7 ans.

 

Une salamandre. Crédit : Pxhere
Une salamandre. Crédit : Pxhere

 

Ils choisissent donc une cachette pour être hors gel.

Voilà, ils choisissent le meilleur endroit en terme de température et d’humidité. Leur peau est humide, si elle se dessèche cela affecte leur respiration. Car ils ont des poumons mais respirent aussi en partie par la peau, qui est très fine, et permet d’absorber l’oxygène de l’air ou de l’eau.

Quelles menaces pèsent sur les amphibiens ?

Déjà, on prend beaucoup de place, nous les humains ! On grignote leurs milieux de vie, on fait place nette, on enlève leurs petites cachettes, on simplifie les paysages, on enlève les points d’eau indispensables à leur reproduction… La perte des habitats naturels est l’une des premières menaces.

Il y a aussi la fragmentation, le fait de mailler les habitats avec des routes qui empêche leur migration, les tue quand ils sont écrasés par les voitures. Il y a d’autres menaces liées à la qualité de l’eau : leur peau très fine est très perméable aux polluants agricoles par exemples. Il y a aussi des menaces insoupçonnées comme les espèces exotiques envahissantes. Enfin, les menaces à longs termes, insidieuses, invisibles, liée aux changements climatiques. La variation du régime des pluies par exemple. Il pleut moins à la saison des amours, les mares sont trop basses, les têtards n’ont pas le temps de se métamorphoser. On observe déjà dans certaines zones que les pluies trop irrégulières conduisent à un effondrement des populations.

Que faire pour les protéger ?

Il faut leur laisser de l’espace ! C’est la première chose à faire. On n’a pas tous un petit jardin ou terrain dans lequel on peut leur laisser un coin sauvage, voire créer une mare. En tant que consommateur, on peut déjà opter pour l’agriculture bio et respectueuse du monde vivant : elle favorise un usage des terres qui cohabite avec le monde vivant.

Sinon, quand on conduit en voiture sous la pluie en période de migration, au printemps, si on voit qu’un endroit est un site de migration pour les amphibiens on ralentit, déjà, et on peut le signaler à une association. Contactez la Société d’herpétologie de France, la SHF, qui fédère toutes les associations régionales et pourra vous mettre en contact. (Les assos mettent par exemple en place des barrières pièges, des ramassages, des fermetures temporaires de route…, ndlr)

 

L'oeil d'une grenouille. Crédit : Andi Siess
L’oeil d’une grenouille. Crédit : Andi Siess

 

Pourquoi vous-êtes vous intéressée aux amphibiens ?

Ces animaux ont quelque chose de touchant, une certaine fragilité qui donne envie de les aider. Ils font partie des animaux les plus menacés par l’activité humaine. Et puis ils dépendent de lieux de vie très différents : ils ne cessent de voyager entre l’eau et la terre, ce qui est intéressant en terme d’étude. Surtout, ils ont une beauté difficile à percevoir au premier abord, un crapaud ce n’est pas attirant, il a des boutons, une grenouille est luisante et repoussante… Mais de près, quand on prend le temps… Regardez une grenouille dans les yeux : ces paillettes d’or sur fond sombre, on dirait un ciel étoilé ! Et le crapaud sonneur à ventre jaune a carrément une pupille en forme de cœur, c’est infiniment beau. On ressent un choc émotionnel devant la beauté du vivant.

Crédit photo principale portrait : Jérémie Mazet 


Pour aller plus loin :

– la Société d’herpétologie de France

– le livre Crapauds, grenouilles et compagnie de Françoise Serre-Collet

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