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Ce que vous ne saviez pas sur le Sida

Le docteur André Cabié, spécialiste du VIH : " Je trouve que l’infection par le VIH est moins grave que le diabète".

Ce que vous ne saviez pas sur le Sida

Paru le 21 novembre 2012, modifié le 9 janvier 2018

Ecrit par Mon Quotidien Autrement

Le nouveau rapport de la Journée mondiale de lutte contre le Sida donne espoir :  le nombre de nouvelles infections à VIH a été réduit de plus de 50 % dans vingt-cinq pays à revenu faible ou intermédiaire. Et en France ? André Cabié, chef du service des maladies infectieuses au Centre hospitalier de Fort-de-France, en Martinique, fait le point.

Rappelons qu’en 2011, 34 millions de personnes dans le monde vivaient avec le virus VIH, 2,5 millions de personnes ont été nouvellement infectées, et, 1,7 millions (-5,6% par rapport à 2010) sont décédées de la maladie.

Où en est-on aujourd’hui ? Les contaminations sont-elles en baisse ?

Il est difficile de mesurer le nombre de contaminations puisque lors de l’infection, le virus rentre dans le corps, se développe, provoque souvent une grippe qui guérit spontanément et l’infection devient silencieuse, sans symptômes. Mais à partir de ce moment, le virus se multiplie et est transmissible. C’est en moyenne dix ans plus tard que le corps ne le contrôle plus et qu’apparaissent les premiers symptômes. Vu qu’il se passe beaucoup de temps entre le moment de l’infection et les symptômes, il est donc difficile de mesurer les nouvelles contaminations.

Et puis, cela fait plusieurs années que nous renforçons le dépistage. Et quand on dépiste plus, on trouve plus de personnes séropisitives, mais ça ne veut pas dire qu’il y a plus de contaminations. Ce que l’on peut dire, c’est que tous les ans, nous diagnostiquons un nombre important de malades. Un tiers de ces nouveaux diagnostics sont tardifs, à des stades déjà avancés de l’infection, les autres deux tiers le sont plus précocement.

Le dépistage est-il rentré dans les mœurs ?

Pas du tout ! Le plan national 2010-2014 de lutte contre le VIH et les infections sexuellement transmissibles (IST) propose que toute la population en âge d’avoir des relations sexuelles se fasse dépister, et que les populations à risque le fasse régulièrement. Il est désormais possible, dans les milieux associatifs, de faire des tests rapides en prélevant une goutte de sang, et les résultats sont disponibles très rapidement.

Quels sont les piliers de la prévention aujourd’hui ?

L’enjeu majeur de la lutte contre le VIH est le dépistage. On s’est rendu compte que les médicaments anti-rétroviraux sont le meilleur moyen de prévention. S’ils sont pris tôt, il y a non seulement un bénéfice pour les personnes infectées, qui ont alors une espérance de vie similaire à celle des personnes séronégatives mais aussi pour la communauté car leur charge virale devient alors si faible que le risque de transmission est quasi nul. En termes de prévention, on est donc passé de campagne qui se concentre sur le port du préservatif à celle qui met l’accent sur le dépistage et le traitement. Une étude a clairement montré que chez des couples sérodifférents (l’un infecté, l’autre non), on avait des risques quasi nuls de transmission si la personne était traitée, alors que ce n’est pas le cas avec le port du préservatif.

Est-ce qu’il y a un problème d’accès à l’information ?

Je ne crois pas. Depuis 30 ans, le Sida est une des maladies les plus médiatisées. Ce qu’on remarque, c’est un problème de perception du risque : « ça ne me concerne pas ». Comme on a beaucoup axé les campagnes sur les populations à risque, les gens se disent « je ne suis pas homosexuel, pas toxicomane et pas prostitué » et donc les personnes trouvent toujours de bonnes raisons pour ne pas se sentir concernées. On le voit bien chez les jeunes. Ils ont tout bien appris dans les programmes scolaires, mais quand il s’agit de le mettre en application les recommandations, c’est autre chose… C’est un problème très difficile à résoudre : on ne peut pas dire que l’information n’ait pas été fournie, mais elle l’a peut être mal été. Modifier le comportement sexuel des gens est très compliqué et ce sujet reste tabou.

Peut-on désormais parler de la séroposivité comme d’une infection chronique comme les autres ?

Aujourd’hui, on en parle comme d’une infection chronique avec traitement au long cours, et suivi médical allégé. De ce point de vue-là, sur le plan médicotechnique, c’est bien une infection chronique comme les autres. Les séropositifs peuvent faire des projets, des enfants, vivre aussi longtemps que les autres! Ce n’est pas comme il y a 25 ans, où apprendre qu’on était séropositif, c’était savoir que l’année d’après, on serait mort. Je trouve que l’infection par le VIH est moins grave que le diabète ! Quand on prend l’exemple du diabète sévère, on voit qu’il y a des traitements lourds, des complications bien plus importantes.

Là où le sida n’est pas une infection chronique comme les autres, c’est dans le regard de la société, qui est toujours très négatif. Il y a toujours un fort jugement social et donc de grandes difficultés dans la vie quotidienne des personnes infectées. Le problème majeur, c’est que la société a gardé vis-à-vis de cette maladie le même regard que celui des années 80. C’est pour ça que les associations de patients sont toujours là et ont besoin de militer. On devrait rentrer dans un processus de banalisation du dépistage, comme on fait des mammographies systématiques. Certaines personnes qui se savent à risque n’osent pas aller se faire dépister par peur du regard des autres, la seule démarche du dépistage est toujours suspecte, comme celle de proposer un préservatif lors d’une première rencontre.

Qui sont les personnes les plus touchées ?

Ce sont les plus âgées, les hommes hétérosexuels de 40 à 55 ans qui ne sont jamais allés se faire dépister et ne vont jamais chez leur médecin. Chez les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, l’épidémie continue à progresser malgré l’information donnée. Cela peut être dû à plusieurs phénomènes, comme le fait qu’on puisse désormais se soigner qui conduit à une certaine dédramatisation. C’est difficile de généraliser. Certaines personnes ne vont jamais se faire dépister car elles croient que ça ne les concerne pas, d’autres parce qu’elles ont peur du regard d’autrui, d’autres le font régulièrement, sont très informées, mais choisissent de prendre des risques quand même…

Où en sont les recherches médicales ?

Depuis les premieres trithérapies efficaces, en 1996, il n’y a pas eu de révolution dans le traitement. Il s’agit toujours de médicaments qui bloquent la réplication du virus, mais des progrès considérables en termes d’efficacité et de tolérance ont été effectués. De dix comprimés par jour à heures précises, on est passé à un comprimé, pris un peu quand on veut. La recherche continue à évoluer et dans les années à venir, le traitement sera de plus en plus intégré dans le quotidien des patients. On arrive donc à contrôler la réplication du virus de manière prolongée mais passer à l’étape suivante et guérir les patients, ce n’est pas pour demain. Quant à un vaccin, les chercheurs ont connu beaucoup d’échecs et sont repartis à zéro. Rien d’immédiat ne se profile.

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