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Une propreté toute relative…

Plongeon dans l'histoire de la propreté à travers les âges.

Une propreté toute relative...

Paru le 5 mai 2015, modifié le 9 janvier 2018

Ecrit par Mon Quotidien Autrement

Il y a des petits tabous qui ressortent, comme ça, au gré de conversations autour de la machine à café : « Tu sais que Julien m’a dit qu’il ne se douchait pas tous les jours? Pas bien propre, tu ne trouves pas ?”

Aujourd’hui, en France, la douche quotidienne est perçue comme la base logique de notre hygiène, au moment même où l’on nous répète à l’envie qu’il faut économiser l’eau… Et pour cause, une douche consomme de 30 à 80 litres et un bain de 150 à 200 litres ! Chez Mon quotidien autrement, on a déjà traqué nos joints mal serrés, et installé des pommeaux de douches « stop-eau »… Du coup, on a préféré se poser une question simple : depuis quand être propre, c’est se doucher à qui mieux mieux ?

L’historien du corps Georges Vigarello a même consacré un livre fondateur à ce sujet “Le Propre et le Sale” (Ed du Seuil, 1987, réédité en 2013). Là où le livre étonne, c’est lorsqu’il nous pousse à nous poser ces questions en apparence toutes bêtes : qu’est-ce que le propre et qu’est-ce que le sale ? Un homme ou une femme du Moyen-Age, selon nos critères, est définitivement cracra, mais de tout temps, le souci de propreté a existé. Tout l’intérêt est de se plonger dans les critères propres à chaque époque.

Vive le bain !

Passons l’époque romaine, et voyageons directement à l’époque médiévale. Après un coup de mou, la pratique des bains reprend de plus belle sous l’influence des croisés qui avaient pris goût aux bains luxueux et relaxants des hammams d’Orient. On s’ébat joyeusement, on se lave avec du savon fabriqué à base de cendre, même si l’ambiance est plus festive qu’hygiénique… Résultat : l’Église voit la pratique d’un mauvais oeil.

Du XVe au XVIIIe : la peste et la crainte de l’eau

Voici venue l’époque des épidémies de peste, et avec elle la fermeture des étuves : l’eau devient la grande suspecte, et un réel repoussoir. Se laver à l’eau ? Vous n’y pensez pas ! On craint que se trempouiller ne dilate les pores, et qu’alors les miasmes pénètrent les corps. L’eau est vue comme sale, transportant le “venin pestilentiel”. Le corps, lui, est vu comme poreux.

Le journal de Jean Héroard, médecin de Louis XIII, nous apprend que le Dauphin n’a pris son premier bain, après celui de sa naissance, qu’à l’âge de 7 ans ! (Et ce, dans la même eau que sa soeur).

Ainsi, la tendance est au “frottement”, on s’essuie le corps avec soin, plutôt qu’on ne s’immerge. On se lave les dents, les oreilles et les ongles, privilégiant ce qui est vu. Quant aux cheveux, des poudres lourdement parfumées permettent de les entretenir.

C’est donc le linge qui lave : les couches sociales dominantes portent leur souci de propreté sur le linge – blanc, et de qualité – qui éponge les sécrétions corporelles. Être propre, c’est paraître propre, et être présentable. La propreté se confond avec le statut social.

Au XVIIIe et XIXe : une douche froide pour le tonus !

Les pratiques d’ablution reprennent leurs lettres de noblesse. L’eau chaude est toujours vue comme un peu suspecte, mais l’eau tiède apaiserait, et l’eau froide reboosterait. On sort de la sphère de la bienséance, pour entrer dans celle de la santé. Toutefois, l’idée dominante est que l’eau froide rend fort, plutôt que propre.

Les bourgeois s’en emparent et revendiquent l’eau froide et la vitalité, face à l’aristocratie, sa mollesse, son l’amour de l’apparat, du parfum, des poudres et… des bains chauds. L’heure est aux surfaces nettes, celles du corps comme celles de la ville. Dans une interview donnée à La Croix, Georges Vigarello explique : “Le bain apparaît moins dangereux. La question de l’hygiène devient collective, organisationnelle et technique. On se demande comment amener l’eau dans les villes, dans les étages”.

La suite de l’histoire est plus connue : le XIXe et la découverte des microbes, et la naissance du mouvement hygiéniste.

Naissance de l’intime

Qui dit hygiène et soins corporels, dit toilette. Et qui dit toilette, dit intimité ! Car se laver loin des regards n’a pas toujours été une évidence, et il est bien beau de savoir comment les gens se lavent, encore faut-il savoir où et avec qui. « L’individu va toujours accroître sa bulle. Se développe un espace particulier qui est réservé à la toilette, comme pour la lecture qui, d’oralisée et commune, devient une occupation solitaire et mutique. Des repères évidents se mettent à bouger », note George Vigarello dans une interview au journal suisse 24heures.

Et si vous passez ou vivez à Paris, on ne peut que vous conseiller la superbe exposition dont l’historien est commissaire, avec Nadeije Laneyrie-Dagen : La Toilette, naissance de l’intime, jusqu’au 5 juilllet 2015

 

A lire : Le Propre et le Sale : l’hygiène du corps depuis le Moyen-Age (1987, éditions du Seuil)

A voir : La Toilette, naissance de l’intime, Musée Marmottan Monet, 2, rue Louis Boilly, 75016. Jusqu’au 5 juillet 2015. Rens. : www.marmottan.fr

A visionner : Une interview de Georges Vigarello

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