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Entretien

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« Nous nous dirigeons déjà vers une société de la post-croissance »

Entretien avec l'économiste britannique Tim Jacskson.

L'économiste britannique Tim Jackson nous invite à réfléchir à une société de la post-croissance. Crédits DR

Paru le 28 mai 2024

Ecrit par Déborah de Mon Quotidien Autrement

Tim Jackson est un économiste britannique. Professeur de développement durable au Centre for Environmental strategy (CES) à l’université du Surrey, il est l’un des pionniers du développement d’indicateurs alternatifs à la croissance économique. Il a publié, en 2024, Post-croissance, vivre après la capitalisme (Ed. Actes Sud). Un ouvrage dans lequel il invite le lecteur à réfléchir à ce qui pourra advenir de notre société une fois dépassée cette obsession pour la croissance.

Selon vous, pourquoi notre modèle économique, basé sur la croissance, ne fonctionne-t-il plus?

En réalité, cela fait plusieurs décennies que nous avons du mal à atteindre cette croissance, sur laquelle notre modèle repose. On a tendance à penser que le ralentissement de la croissance est dû à la crise financière, ou au Covid. Mais en regardant les données, on se rend compte que le taux de croissance a commencé à baisser au milieu des années 1960. Nous nous dirigeons déjà vers une société de la post-croissance. Même si nous prétendons que ce n’est pas le cas. Et que la croissance va résoudre tous nos problèmes. 

Pourtant, toutes les voies que nous avons imaginées jusqu’à maintenant pour tenter de retrouver la croissance ont un impact négatif sur la planète. Car plus l’activité économique croît, plus notre impact sur la planète augmente. Et nous atteignons les limites planétaires. 

Par ailleurs, la croissance mesure notre richesse matérielle. Mais ce système nous laisse dans une pauvreté qui est autre. Une pauvreté de dignité, de sens, qui commence à miner notre tissu social, et qui se traduit par une augmentations des dépressions, des problématiques de santé mentale. 

A quoi ressemblerait un modèle post-croissance ?

Il suffit de dire : Nous n’allons plus orienter nos politiques uniquement en direction de la croissance. Nous allons nous concentrer sur ce qui a une réelle valeur : la santé physique et mentale, le sens de la communauté, les relations humaines, la qualité de notre environnement. Cela peut impliquer de vivre avec une croissance moindre, voire sans croissance, à terme. Mais pour que cela fonctionne, il faut plus d’égalité. Il faut allouer les ressources différemment. Cela nécessite de privilégier l’égalité de revenus, de richesse, d’accès à l’éducation, à la santé et aux services sociaux. 

Mais à quoi ressemblerait concrètement le quotidien pour un habitant de la France ou du Royaume-Uni ?

Cela peut ressembler à ce dont vous avez envie ! A un monde dans lequel vous auriez un peu plus de temps, peut-être. Et vous utiliseriez ce temps pour faire des choses importantes pour vous : vous occuper de votre famille, interagir avec votre communauté, apporter votre contribution à la société… 

Aujourd’hui, notre vie tourne autour de la consommation. C’est elle qui définit l’architecture de nos vies. Nous devons acheter beaucoup, recycler beaucoup, avoir beaucoup de routes pour s’assurer que l’on peut aller partout, pouvoir circuler le plus rapidement possible sur ces routes.

Dans une société de la post-croissance, ce ne sont plus les priorités. Les priorités sont là où les humains et l’environnement s’épanouissent. Nous en avons eu un aperçu au moment du Covid. Lors des confinements, les gens ont passé plus de temps à l’extérieur (dès lors qu’ils en ont eu l’autorisation), ont marché plutôt que d’utiliser la voiture, ont fait de l’exercice, ont pris du temps avec leur famille, plutôt que de faire du shopping…

Mais à l’issue des confinements, la consommation a repris de plus belle.

Oui, car le système fonctionne ainsi. Et dans cette situation, c’est compréhensible. Après avoir été confiné, les gens ont voulu plus de liberté. Et ils ont été encouragés à consommer à nouveau, à se déplacer à nouveau. Au Royaume-Uni, le gouvernement avait même lancé le slogan « eat out to help out » (manger à l’extérieur pour soutenir les restaurateurs ») avec une incitation financière. L’objectif était de rebondir, d’un point de vue économique, de retrouver la croissance.

Mais que se serait-il passé si nous avions choisi de mieux reconstruire ? De donner la priorité aux espaces communautaires par exemple ? Une autre chose que certains ont pu expérimenter durant la période du Covid est la capacité à développer de nouvelles compétences, de se lancer dans de nouveaux loisirs, de découvrir des activités qu’ils n’auraient pas pratiquées en temps normal. C’est quelque chose de très épanouissant.

L’idée que nous sommes de simples consommateurs matérialistes est essentielle pour une économie basée uniquement sur la croissance. C’est ce qui permet au système de perdurer. Mais ce n’est pas un modèle très satisfaisant, en tant qu’être humain.

Le fait de posséder, une maison, un jardin, une belle garde-robe, de pouvoir s’offrir des voyages, reste pourtant un rêve pour beaucoup. N’est-ce pas contradictoire ?

Nous atteignons les limites de ce rêve. Un exemple : le tourisme détruit les endroits les plus visités, qui ne valent plus la peine d’être visités tant il y a de monde. C’est le cas d’une ville comme Venise, qui a de plus perdu la moitié de ces habitants en un demi-siècle car les prix de l’immobilier se sont envolés. Ce n’est pas un modèle qui peut offrir une qualité de vie à 8 milliards d’habitants. Certes, cela reste un rêve pour beaucoup mais qui se transforme de plus en plus en cauchemar en raison de son impact sur la planète et des inégalités sociales qu’il génère. 

Selon vous, le matérialisme qui nous habite serait donc uniquement lié au système dans lequel nous vivons ? N’est-ce pas dans la nature humaine de vouloir posséder ?

Je pense que cohabitent dans l’esprit humain une part de nous qui veut posséder toujours plus et une autre part, en quête d’épanouissement, qui cherche à vivre des expériences qui l’absorbent tout entier, qui s’intéressent davantage au lien social, au sens de la communauté.

Notre système a priorisé la partie matérialiste de l’esprit humain. Il a stimulé cette idée qu’on ne peut pas être épanoui si on ne possède pas autant que possible, si on n’a pas voyagé autant que possible et vu autant que possible.

Il est difficile de dire si les autres parties de l’esprit humain seraient suffisantes pour outrepasser cet instinct d’acquisition. Est-ce que notre « bon côté » pourrait triompher sur cette poursuite hédoniste de matérialisme, d’individualisme ? Pour moi, le rôle d’un État, d’un contrat social, est de s’assurer que l’équilibre entre ces différentes parties de l’esprit est maintenu. Le plus gros échec de notre système actuel est que l’État, au lieu de maintenir cet équilibre, a encouragé la part de nous qui tend vers le consumérisme, dans le but d’atteindre la croissance.

Mais comment financer une société post-croissance ?

On part souvent du principe que des services comme l’éducation ou la santé doivent être financés par l’État, car ces services ne fonctionnent pas très bien, dès lors que l’on veut en tirer des profits. Toutefois, il est aussi possible de mettre au point des systèmes non capitalistes : des coopératives, des biens mutualités, des entreprises détenues par leurs salariés, etc. Des systèmes qui permettent de faire recirculer l’argent, plutôt qu’ils ne servent à verser des dividendes aux actionnaires.

La question est plutôt, comme distribue-t-on l’argent. Actuellement, on ne reconnaît aucune valeur économique à ces services « sociaux », essentiellement subventionnés. Ils sont gratuits et sous-valorisés. C’est clairement un système défectueux. Il existe de nombreux mécanismes qui pourraient les financer : des taxes sur la productivité, sur les profits, des taxes pollueur-payeur, sur les gains en capital…

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