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Entretien

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Obsolescence programmée : « Nous devons créer une culture de la réparation »

Entretien avec Laetitia Vasseur, présidente et co-fondatrice de Halte à l'obsolescence programmée.

Laetitia Vasseur, présidente et co-fondatrice de Halte à l'obsolescence programmée.

Paru le 20 avril 2021, modifié le 20 janvier 2022

Ecrit par Déborah de Mon Quotidien Autrement

Présidente et co-fondatrice de l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP), Laetitia Vasseur lutte contre les techniques utilisées par certains fabricants visant à réduire délibérément la durée de vie et la durée d’utilisation d’un produit pour augmenter son taux de remplacement. Elle défend une meilleure prise en compte de la durabilité et de la réparabilité des produits. Si on assiste à une « vraie prise de conscience sur ces questions », il y a encore « beaucoup à faire », estime-t-elle. 

Depuis quand existe l’obsolescence programmée ?

Laetitia Vasseur : Le terme est apparu dans les années 1930. Dans les années 1960, l’obsolescence programmé était considérée comme un excellent moyen de soutenir la consommation, l’industrie, la croissance. Une époque où les préoccupations écologiques liées à la surconsommation étaient absentes ou presque. Mais au fur et à mesure, les consommateurs ont commencé à réagir. Puis s’est ajoutée la prise de conscience des enjeux environnementaux. Depuis 2015, l’obsolescence programmée est interdite par la loi.

Vous avez déposé plainte à plusieurs reprises depuis l’inscription de cette interdiction dans la loi. Est-ce un moyen d’action efficace contre l’obsolescence programmée ?

Suite à notre plainte déposée en 2017, le tribunal a condamné Apple à verser 25 millions d’euros d’amende. Nous avons également déposé une plainte contre Epson qui est toujours en cours. C’est important de le faire, pour rappeler les entreprises à leurs obligations. Mais ce n’est pas suffisant. Nous travaillons également avec les entreprises de manière constructive pour concevoir des produits plus durables. Nous faisons beaucoup de sensibilisation, auprès des constructeurs et des consommateurs. Notre rôle est également de travailler avec le législateur pour faire évoluer la réglementation.

La réglementation vient justement d’évoluer début 2021. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que prévoit la loi anti-gaspillage ?

Depuis le 1er janvier 2021, les fabricants de cinq catégories de produits (lave-linges, télévisions, smartphones, ordinateurs portables, tondeuses à gazon) ont l’obligation d’indiquer pour chaque produit un indice de réparabilité. Cette note sur 10 prend en compte le prix et la disponibilité des pièces détachées. L’objectif est d’atteindre 60 % de taux de réparation des produits électriques et électroniques d’ici à 5 ans. Mais ce que nous attendons surtout, c’est l’indice de durabilité.

Qu’est-ce que l’indice de durabilité ?

A l’horizon 2024, l’indice de réparabilité devrait se transformer en indice de durabilité. Des critères comme la robustesse ou la fiabilité des produits seront alors également pris en compte. C’est intéressant car, d’une part, cela donne des informations supplémentaires au consommateur. D’autre part, cette obligation de transparence peut inciter les constructeurs à faire des efforts en la matière.

En plus de l’obsolescence prématurée de produits, vous luttez également contre l’obsolescence culturelle et esthétique. De quoi s’agit-il ?

On a trop mis dans la tête des gens qu’acheter du neuf, c’est mieux. C’est un discours qu’il faut déconstruire, notamment en encadrant mieux les pratiques dans la publicité par exemple. Il faut être cohérent : on ne peut pas dire aux gens de réparer si toutes les publicités les incitent à acheter du neuf. Il y a de quoi devenir schizophrène. L’idée n’est pas d’interdire la publicité pour le neuf, mais peut-être d’équilibrer le message pour proposer également du reconditionné et ainsi créer une culture de la réparation.

Avis sur : Obsolescence programmée : « Nous devons créer une culture de la réparation »

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