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Le réensauvagement ou le retour de la vie sauvage

Et si on faisait confiance à la nature plutôt que de vouloir la contrôler ?

Ingo Arndt/Wild Wonders of Europe © Rewilding Europe

Paru le 7 janvier 2020

Ecrit par Elsa de Mon Quotidien Autrement

Qu’est-ce que le « réensauvagement » ? Le mot apparait, ici ou là, dans la bouche d’écologistes, dans des articles ou des vidéos… Ce mot est la traduction de « rewilding », en anglais, un concept dont on risque d’entendre de plus en plus parler.

Alors que la Terre affronte une sixième extinction de masse et que l’urgence climatique se fait de plus en plus pressante, des initiatives entendent favoriser le retour de la nature et de la vie sauvage. Aux États-Unis par exemple, le retour du loup dans le vaste parc de Yellowstone a eu des conséquences immenses :  désormais confrontés à un prédateur, les cervidés sont régulés et c’est tant mieux car ils boulottaient en masse les jeunes pousses et empêchaient les arbres de grandir sur les berges. Les castors peuvent à nouveau peupler les abords des rivières.

Mais comment réensauvager le continent européen, densément peuplé, urbanisé, quadrillé par l’agriculture ? Impossible de penser à une conservation de la nature qui laisserait de côté les humains… Une association, Rewilding Europe, planche sur la question. Elle chapeaute de nombreuses initiatives qui vise à créer de bonnes conditions pour que la vie sauvage revienne, en associant la population locale et en stimulant l’économie régionale.

Par exemple, un projet connecte le parc national des Abruzzes, en Italie, avec les parcs alentour afin de favoriser le retour de l’ours brun marsican; un autre se penche sur celui du bison européen dans les Carpates roumaines; une initiative vise à restaurer la biodiversité de l’immense zone humide du delta du Danube, tandis qu’au Portugal, un vaste corridor biologique a été installé pour le loup ibérique.

On fait le point avec Frans Schepers, cofondateur de Rewilding Europe.

Photographe www.bartvandieken.com

Qu’est-ce que c’est, le réensauvagement ?

C’est laisser la nature suivre son propre chemin, plutôt qu’elle ne soit contrôlée par les humains. C’est la voir comme une alliée, travailler avec elle plutôt que contre elle, lui faire confiance, restaurer des processus naturels.  En Europe, on estime que la conservation de la nature passe par son contrôle. Quand les gens pensent à la nature, ils imaginent une petite ferme, des paysans… mais ce n’est pas ça, la nature. Ça, c’est un paysage dominé par les humains. Nous, nous promouvons le réensauvagement, le retour de la nature sauvage et de la faune et la flore. Ce mot a vraiment gagné en popularité en Europe car il résonne chez beaucoup de citadins à la vie pressée.

Lorsqu’on arrête d’intervenir sur un territoire, qu’on arrête de le clôturer, de le tondre, de chasser, de tailler les arbres… qu’on le libère et qu’on crée les bonnes conditions, alors la nature répond. C’est même fou comme elle répond et se restaure vite et à quel point la vie sauvage revient rapidement.

Tenez, lorsqu’on enlève les barrages et les digues des rivières, et que les flots et inondations naturels existent à nouveau, la nature explose.

Mais nous n’avons pas de définition du résensauvagement gravée dans le marbre, parce qu’on essaye d’adapter ce concept aux réalités locales, de voir comment il peut s’incarner dans les différents pays européens. C’est un chemin vers la redécouverte de ce à quoi peut ressembler la vie sauvage sur notre continent.

Un ours brun en Roumanie.

Est-ce qu’il y a une spécificité européenne lorsqu’on parle de nature ?

En Afrique, en Asie, en Amérique latine, lorsqu’on évoque la nature, ce n’est pas du tout une image de petites parcelles cultivées qui vient à l’esprit ! Par ailleurs, cette image-là est assez nostalgique d’une époque préindustrielle européenne, une image qui disparaît rapidement et ne subsistera que dans de rares endroits. La réalité, c’est que les jeunes migrent vers les villes, ce qui amène à un dépeuplement rural et à l’abandon des terres. Parce que les gens cherchent d’autres emplois plutôt que d’être fermiers, et parce que certaines zones – montagneuses par exemple – ne peuvent de toute façon pas gagner la compétition face à l’agriculture moderne.

Cette petite agriculture disparaît, et cela a un gros impact sur les paysages. La situation socio-économique des campagnes change, qu’on le veuille ou non. Malgré cela, les zones rurales reçoivent de fortes subventions européennes, et cela ne peut pas tenir sur le long terme.

Donc la question est de savoir s’il y a d’autres manières de ramener de la vie dans ces territoires. Et si un développement économique basé sur la nature était possible ?  Ces territoires à la marge ont un énorme « capital nature », qui amène de la valeur aux gens qui y vivent : des beaux paysages, de la faune et de la flore, des produits naturels… Y ramener de la vie n’est pas qu’une question de nature et de biodiversité à restaurer, il s’agit aussi d’une nouvelle relation à construire entre les humains et la nature.

Un troupeau de 17 chevaux sauvages lâchés par Rewilding Ukraine.
www.anekrasov.com

La vie sauvage peut être une source de revenus ?

Oui ! C’est ce qu’on veut montrer. On peut faire du tourisme basé sur la vie sauvage par exemple. Faire revenir massivement la vie sauvage en Europe représente d’énormes opportunités. Le résensauvagement, ce n’est pas revenir en arrière, nous voulons investir dans les paysages du futur, la nature sauvage peut faire partie de la modernité, d’une Europe du XXIe siècle. Il ne s’agit pas de clôturer des parcelles et d’interdire aux humains de s’en approcher… Ce n’est pas comme cela que nous voyons les choses. Le mot-clé est la coexistence. Notre but est de reconnecter la nature et les gens, pas d’exclure ces derniers.

Des bisons dans les Carpates / Grzegorz Leniewski / Wild Wonders of Europe

Vous parlez beaucoup de l’importance du retour des grands herbivores et des grands carnivores…

Grâce à des avancées législatives et à beaucoup d’efforts mis sur la conservation, nous assistons à un retour naturel de nombreuses espèces. Mais certaines ont besoin qu’on les aide, car elles n’étaient plus présentes depuis trop longtemps. Ainsi, près de soixante bisons européens peuvent désormais vagabonder librement dans le sud-ouest de la Roumanie, dans les Carpates, parce qu’avec les municipalités de la région, nous les avons fait revenir pour la première fois depuis 200 ans. En général, nous nous concentrons sur les espèces dites « clés », qui jouent un rôle crucial dans la restauration des écosystèmes. Il s’agit souvent de gros animaux, mais pas seulement. Le lapin est une espèce-clé en Espagne et au Portugal par exemple. L’objectif est que les écosystèmes fonctionnent à nouveau.

 

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de Rewilding Europe : www.rewildingeurope.com

Toutes les images © Rewilding Europe

Avis sur : Le réensauvagement ou le retour de la vie sauvage

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