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Tous accros au plastique

La chercheuse Nathalie Gontard appelle à une prise de conscience collective.

Nathalie Gontard, chercheuse spécialiste du recyclage du plastique.

Paru le 30 juin 2020

Ecrit par Déborah

Masques, sacs en plastique, vitres plexiglas, suremballages,… avec la crise du Covid, le plastique revient en force. Et en particulier le plastique à usage unique, tant décrié il y a quelques mois. Pour Nathalie Gontard, chercheuse à l’Inrae, améliorer le recyclage n’est pas suffisant. Ce qu’il faut, c’est apprendre à s’en passer.

On ne cesse de le décrier et pourtant, nous avons un mal fou à nous en passer. Pourquoi est-on à ce point accro au plastique ?

Nathalie Gontard : Le plastique a constitué une découverte exceptionnelle. C’est un matériau d’emballage léger et peu coûteux, qui a permis d’énormes progrès en matière de sécurité alimentaire. Il a révolutionné tous les secteurs : du bâtiment à l’aéronautique, en passant par l’alimentation et l’automobile. Aujourd’hui, nous en sommes complètement dépendant. Il est au centre de notre quotidien et nous ne nous en rendons même plus compte. La plupart de nos vêtements sont en fibres synthétiques issues du plastique. Retirer l’enveloppe plastique de votre frigo ou de votre voiture, il ne vous reste plus rien. Il est partout. C’est un pilier de notre économie et réduire son utilisation coûte cher. Pour les industriels, s’en passer, cela veut dire, trouver d’autres moyens de produire. Prenez l’exemple de l’industrie agroalimentaire, l’un des secteurs les plus importants de notre économie : dans cette industrie, on trouve autant d’emballages plastiques que d’aliments. Modifier les pratiques coûte cher et demande des efforts importants. Il faut aussi que le consommateur soit prêt à changer ses habitudes de consommation.

On recycle cependant de mieux en mieux le plastique. Dans son plan climat, le gouvernement a même annoncé un objectif de 100 % de plastiques recyclés à l’horizon 2025. C’est une bonne nouvelle, non ?

N.G. : J’ai travaillé pendant quinze ans au sein de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). J’y ai signé 95 % des opinions sur le recyclage. J’ai été la directrice du programme sur le recyclage des bouteilles en PET. Toutes les innovations liées au recyclage et l’émergence de bioplastiques sont intéressantes. Il faut les utiliser. Je travaille d’ailleurs encore moi-même aujourd’hui au développement de plastique biodégradable et compostable. Mais il existe aujourd’hui des milliers de types de plastique. Non pas un, mais bien des milliers. Et pour chaque type de plastique, une nouvelle solution de recyclage à imaginer. C’est parce que j’ai étudié ces solutions de près, que je connais aussi leurs limites. La part du plastique pouvant réellement être recyclée est minime. C’est insignifiant comparé à la façon dont le plastique a imprégné nos vies. Ces mesures favorisant le recyclage ne peuvent suffire. Faire croire qu’il suffit de mieux recycler ou de supprimer les plastiques à usage unique est une erreur.

Si ni l’interdiction des plastiques à usage unique, ni le recyclage ne constituent une solution, que faire ?

N.G. : Je ne dis pas que ce ne sont pas des solutions. Je souligne le fait que ce n’est pas LA solution, mais une toute petite partie de la solution. Faire croire au consommateur qu’il suffit de recycler et de supprimer les plastiques à usage unique pour régler les problématiques liées à ce matériau qui a envahit nos vies est un écran de fumée. Les consommateurs ont besoin d’être mieux informés. Chacun d’entre eux a le droit et devrait pouvoir être renseigné sur la présence massive du plastique dans notre environnement et ses conséquences. Il faut amener le consommateur à se poser la question, au quotidien, de son utilité et de sa présence constante. Car ce qu’il faut, c’est réussir à s’en passer un maximum.

Avec la crise du Covid, notre consommation de plastique à usage unique a au contraire grimpé en flèche. Aurait-on pu l’éviter ?

N.G. : Il y a eu une grosse confusion autour du plastique durant la crise du Covid. On a lu et entendu tout et son contraire. Que les masques en tissu n’étaient pas hygiéniques. Qu’il fallait utiliser à nouveau des sacs en plastique pour plus de sécurité sanitaire. Alors même que le virus persiste plusieurs heures à plusieurs jours sur toutes les surfaces, y compris les microfibres plastiques. Un masque en tissu lavé régulièrement n’est pas moins sécurisé qu’un masque jetable en plastique. Cette confusion a malheureusement été entretenue par les industriels qui ont profité de cette hausse de la consommation de jetables.

Cette crise a-t-elle signé un vrai retour en arrière dans notre prise de conscience des impacts néfastes du plastique sur notre environnement ?

N.G. : Je pense que la crise du Covid était plutôt une parenthèse dans cet effort collectif. Le confinement a aussi été une période où nous avons pu prendre le temps de nous poser et réfléchir. Ce temps de réflexion qui, pour beaucoup, a constitué un éveil des consciences écologique, sera bénéfique à long terme, pour réduire le plastique dans nos vies.

Justement, comment réduire le plastique dans nos vies, au quotidien ?

N.G. : Il existe des gestes simples. Remplacer une bouteilles d’eau par une gourde. Acheter un sac en tissu réutilisable plutôt que des sacs en plastique. Ensuite, c’est à chacun de prendre le temps d’analyser ces modes de consommation et de vie pour identifier ce dont il pourrait se passer et les habitudes qui pourraient être modifiées sans trop de contraintes.

Pour compléter les propos de Nathalie Gontard, voici quelques solutions déjà évoquées dans nos articles précédents :

  • Emmenez votre gourde partout avec vous ;
  • Cuisinez maison dès que vous le pouvez, vous utiliserez moins d’emballages ;
  • Jour de marché ou jour de courses, dans votre grand cabas ou votre caddie, prévoyez des sacs en tissu facilement lavables. Mettez-y votre poisson, votre viande, vos salades, ou encore vos légumes… Au retour du marché, lavez les à 60° avec vos torchons, vos draps, vos masques tissus…
  • Remplacez petit à petit vos Tupperware par des boîtes ou bocaux en verre ;
  • Quand vous choisissez un frigidaire ou une machine à laver le linge ou la vaisselle, optez pour des modèles de très grande qualité et bien notés d’un point de vue énergétique. Mieux vaut payer plus cher son frigo et le garder toute sa vie. Lutter contre l’obsolescence programmée contribue à réduire la surutilisation de plastique ;
  • Dans la salle de bain aussi il y existe plein de produits ingénieux, comme les brosses à dents en bambou avec têtes interchangeables ou l’oriculi, formidable, pour remplacer le coton-tige ;

Avis sur : Tous accros au plastique

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