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Ça fait réfléchir

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Tomate d’industrie, tomate pourrie

Les dérives d'un marché mondialisé et juteux.

Dans l'Empire de l'or rouge, Jean-Baptiste Malet dénonce les dérives sur le marché de la tomate d'industrie.

Paru le 26 mars 2019

Ecrit par Déborah

Ça fait réfléchir

La tomate est partout. Dans le ketchup, les pizzas, sous forme de sauce, de concentré, mélangée à des pâtes, du riz, de la semoule, incorporée à la paëlla ou au mafé… Sur les marchés de certains pays d’Afrique, elle est même parfois vendue à la cuillère, sous forme de concentré. Mais il y a tomate et tomate. Celle qui pousse dans votre jardin, que vous trouvez sur le marché ou dans les rayons de votre supermarché. Et celle qui sert à l’élaboration du concentré, la tomate d’industrie. Elles ont peu en commun.

La « civilisation des tomates »

A la fin des années 1970, l’historien Fernand Braudel avait développé le concept de « civilisation du blé, du riz et du maïs », permettant de distinguer, à travers les âges, des territoires et leur population en fonction de leurs cultures agricoles et de leur alimentation de base. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une autre civilisation, selon Jean-Baptiste Malet, auteur de l’Empire de l’or rouge, une enquête menée durant deux ans, sur l’industrie du petit fruit rouge. Cette civilisation est celle de la tomate. Elle est aujourd’hui cultivée dans 170 pays. Sa production a été multipliée par six en 50 ans pour atteindre 164 millions de tonnes et un chiffre d’affaires de 10 milliards de dollars. Un quart des tomates produites dans le monde sont des tomates d’industrie.

La tomate de combat

A quoi reconnaît-on une tomate d’industrie ? Nous en mangeons tous. Paradoxalement, nous n’en voyons jamais. Elle est bien différente de la tomate que l’on prépare en salade. Oblongue, elle est plus lourde et plus dense car elle contient beaucoup moins d’eau. Elle a aussi une peau très épaisse et résistante, qui croustille presque sous la dent. Le fruit est si dur qu’il peut supporter de très longs voyages sans être abîmé, avant d’être manipulé par des machines. Les agronomes la surnomment « la tomate de combat ».

Le capitalisme rouge

Une poignée d’acteurs se partagent le marché mondial de cette tomate de combat. Ils sont italiens, chinois et américains. C’est à Parme, en Italie qu’est d’abord née cette industrie. Elle a ensuite essaimé aux États-Unis, à mesure que la diaspora italienne grandissait et que la Heinz Company se développait. En Italie, traders et constructeurs de machines-outils ont aujourd’hui encore un rôle primordial. Mais la culture des tomates et la production de concentré sont désormais aux mains des États-Unis et de la Chine. Cette dernière est le premier producteur de concentré (alors même que les Chinois ne consomment que très peu de sauce tomate). Toutes les grandes marques de l’agroalimentaire (Heinz, Nestlé, Unilever, etc.) utilisent du concentré chinois dans leurs préparations. Les Chinois détiennent jusqu’à 70 % du marché africain et même 90 % en Afrique de l’Ouest.

Les dérives de la tomate d’industrie

Cette mondialisation a fait émerger des pratiques peu reluisantes, que met en lumière Jean-Baptiste Malet dans son livre :

  • L’Allemagne et les Pays-Bas font partie des plus gros exportateurs de sauces et de ketchup en Europe. Ils ne produisent pourtant pas la moindre tomate d’industrie. Ils importent donc du concentré de Californie, d’Espagne, et bien souvent, de Chine. Rien d’illégal à cela. Sauf que sur l’étiquette, il n’est fait aucune mention de la provenance initiale du concentré utilisé pour élaborer la préparation. C’est le cas partout en Europe.
  • En Italie, il n’est d’ailleurs pas rare que du concentré chinois soit importé, puis « retravaillé » et habillé d’une étiquette italienne, sans que l’on ne sache à la fin qu’il s’agit principalement de concentré chinois et non italien.
  • Les conditions dans lesquelles est fabriqué ce concentré en Chine sont bien souvent déplorables. Elles impliquent le travail d’enfants (des Ouïgours principalement) et de prisonniers des laogaïs, les goulags chinois.
  • Afin d’être très compétitifs et de pouvoir vendre du concentré à bas prix en Afrique, les conserveries chinoises ont tendance à intégrer des additifs non déclarés sur les étiquettes (dextrose, fibres de soja, amidon, ou colorant rouge quand la pâte est périmée). Certains de ces concentrés peuvent contenir jusqu’à 69 % d’additifs pour seulement 31 % de concentré.
  • En Afrique, cette concurrence met en difficulté les producteurs africains qui n’arrivent plus à écouler leur concentré, trop cher par rapport aux produits chinois.
  • Face à ces difficultés économiques, certains immigrent en Italie, pour travailler dans l’industrie de la tomate. Une industrie aux mains de la mafia et dans laquelle les conditions de travail des immigrés s’apparentent parfois à de l’esclavage.

A LIRE pour en savoir plus, L’empire de l’or rouge, de Jean-Baptiste Malet.

Avis sur : Tomate d’industrie, tomate pourrie

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Les commentaires :

Un excellent article qui déterminera ma consommation de tomates en boite désormais.
je le transmets à mes amis.
Merci à vous.
N.D.Hay

Merci pour votre commentaire Nathalie. Nous sommes contents que cet article vous ait intéressé. Si vous souhaitez en savoir davantage sur le sujet, nous ne pouvons que vous conseiller la lecture du livre de Jean-Baptiste Malet.

Heureusement, j’utilise très rarement mon cadavre rouge, car je pourrais mourir en silence, sans que les médecins parviennent à diagnostiquer ce rouge qui pillule notre santé cognitive. Je ne mettrais plus un concentré exceptionnel dans un plat. Bon appétit en attendant mon vrai cadavre de rouge.

Bonjour Filopon,
merci pour votre commentaire. Effectivement, mieux vaut privilégier les « vraies » tomates au concentré pour vos recettes.

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