X Fermer

Agir ensemble au quotidien
pour construire une société - plus saine, plus écologique, plus éthique -

Carnet perso

En créant votre compte, vous pourrez avoir accès à un carnet personnel où vous pourrez archiver les recettes, articles, belles adresses,... que vous souhaitez conserver.

S'inscrire à notre newsletter

Nous ne communiquerons pas votre adresse mail. Votre adresse mail est uniquement utilisée pour que vous receviez notre newsletter. Un lien de désabonnement est présent dans toutes nos newsletters.

Agir ensemble au quotidien
pour construire une société - plus saine, plus écologique, plus éthique -

Facebook

Twitter

Entretien

Logo MQA

Valérie Peyret, artisane semencière, productrice de semences paysannes

Dans la Drôme, elle a créé une coopérative Jardin'enVie.

Valérie Peyret, créatrice de Jardin'envie

Paru le 2 novembre 2021, modifié le 19 mars 2023

Ecrit par Elsa de Mon Quotidien Autrement

​Valérie Peyret a créé, avec son compagnon Éric, Jardin’enVie en 2007. Ces artisans semenciers réunis en coopérative dans la Drôme, à Bourg-lès-Valence, produisent des semences paysannes en cultivant une grande diversité de légumes, en agriculture biologique bien sûr. Si vous êtes jardinier amateur, vous pouvez acheter des semences sur leur site.

C’est quoi un artisan semencier ?

​Ce sont des agriculteurs qui produisent des semences issues de variétés paysannes. C’est-à-dire des semences librement reproductibles : et ce techniquement (moyennant des compétences accessibles au grand public) et légalement (ce sont des communs, elles appartiennent à tous). Quand on vend un sachet, on ne vend pas une variété, on vend notre travail.

Concrètement, vous sélectionnez, produisez et faites évoluer dans vos champs une grande diversité de semences.

Plutôt que de dire que l’on « fait évoluer » les semences, on parle de « coévolution ». On n’est pas centré sur l’humain qui maitrise et domine le vivant mais sur le fait que les variétés coévoluent avec l’agriculteur ou le jardinier mais aussi avec le terroir et le climat. Notre premier mode de sélection, c’est le goût. On goûte ce que l’on produit car au-delà de produire des semences, on produit aussi des plants et des légumes. Donc on associe à nos sélections tous les acteurs de la filière y compris des chefs étoilés à qui on fournit nos légumes et qui nous font des retours. Nous avons en effet le droit de vendre des légumes issus de semences paysannes… mais pas de vendre des semences paysannes à des professionnels si elles ne sont pas inscrites au catalogue officiel. La réglementation nous en empêche.

Quels autres critères que le goût prenez-vous en compte ?

On travaille avec des épiciers, on établit une coopération avec nos clients, qui doivent parfois changer, par exemple, leur façon de conserver des légumes. Une variété de tomate paysanne que l’on met au frigo va perdre tout son goût. À 4 °C, c’est une catastrophe ! Elle se conserve très bien à température ambiante. Les épiciers qui veulent mettre des variétés paysannes sur leurs étals vont devoir modifier leurs habitudes, ne pas les mettre en chambre froide.

Vous évoquiez l’importance du terroir.

La grosse différence entre une variété paysanne et une hybride F1 conçue dans un laboratoire par une multinationale, c’est que les premières ont une capacité naturelle d’adaptation. Nous, on favorise cette capacité naturelle en faisant voyager la semence. On a plusieurs parcelles : ne pas cultiver les graines toujours au même endroit favorise leur capacité de voyager ! Ainsi, les semences paysannes ne sont pas adaptées à un terroir mais ont une capacité d’adaptation au terroir.

Un exemple ?

On a des échanges avec le réseau de semences paysannes en Espagne. Il y a quelques années une cliente souhaitait un pimiento de Padrón, une variété de piment de son grand-père. Ils nous ont envoyé des semences de Gallice. La première année, les semences, ça leur a fait un choc ! Elles ont mis trois semaines de plus que les autres poivrons à germer, étaient très en retard, on a récolté quelques fruits seulement. L’année suivante, quand on les a remises en culture, elles se sont quasiment comportées comme les autres. En une génération elle s’étaient acclimatées.

Cela va à l’encontre de l’idée reçue selon laquelle les variétés « de laboratoire », standardisées, sont adaptées à tous les pays, contrairement aux semences paysannes liées à un terroir…

Les hybrides F1 se comportent bien où qu’elles soient car il suffit de leur apporter des intrants. Elles vont alors se comporter de la même façon quel que soit le terroir. Elles sont, en grande partie, produites hors sol, faites in vitro, sous serre, sur un substrat inerte, et nourries aux trois mamelles de agriculture industrielle : NPK (azote, phosphore, potasse).

Les variétés paysannes fonctionnent bien dans un sol vivant, si on le revitalise, ou qu’il soit, l’expérience montre que les semences vont pouvoir pousser. L’essentiel c’est la vitalité d’un sol, la grande diversité des organismes vivants qui le composent, que ce soient des insectes, des mammifères, des champignons, des bactéries…

On en est où en France ? Les gens connaissent-ils l’existence des semences paysannes ?

Ça reste très minoritaire. D’autant plus que les semenciers industriels surfent sur l’image des qualités gustatives des variétés paysannes, et ont fabriqué des variétés en laboratoire qui portent le nom des variétés paysannes les plus connues ! C’est pourquoi chez Carrefour ou Auchan, vous trouvez des cœurs de bœuf, des noires de Crimée, des tomates ananas, qui sont en fait des « hybrides F1 ». Cela y ressemble, ça a la couleur mais elles sont toutes homogènes, trop parfaites, pas distinctes et… pas bonnes.

Il faudrait que ce soit indiqué : « ces tomates sont hybrides » !

Être « hybride », en soi ce n’est pas un problème. Nous le sommes tous ! Le problème ce sont les « hybrides F1 ». Les industriels prennent deux variétés paysannes qui les intéressent : l’une a une peau épaisse et peut être manipulée sans s’abîmer, l’autre supporte le frigo par exemple… (Il s’agit souvent de critères de la grande distribution.) Les deux variétés sont croisées après avoir fait de chacune une « lignée pure ». C’est alors qu’a lieu le croisement de ces deux variétés de lignées pures ce qui donne l’hybride F1. Le résultat est très appauvri génétiquement.

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’un hybride F1 ne peut pas exister dans la nature, c’est un travail de laboratoire fait par des multinationales de la semence.

Quelle est votre semence paysanne  préférée ?

Oh nous sommes une famille nombreuse et je dois sélectionner un seul enfant ! En ce moment, c’est la période des courges, une que j’adore c’est la Buttercup, elle est excellente.

Comment soutenir votre travail ?

Nous avons 150 associés qui nous donnent les moyens de développer notre métier. Jardin’enVie est une entreprise ouverte à ses clients qui peuvent non pas nous faire un don, mais placer une partie de leur épargne dans un projet qui représente l’alimentation qu’ils voudraient avoir pour leur enfants.Ce ne sera pas un rendement à deux chiffres, on n’achète pas une action… Mais vous pouvez nous aider à faire en sorte que les variétés paysannes se retrouvent de plus en plus dans nos assiettes !

Avis sur : Valérie Peyret, artisane semencière, productrice de semences paysannes

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Sondage

Avez-vous déjà utilisé une marmite norvégienne ?

Loading ... Loading ...

Par nos actions quotidiennes, nous avons le pouvoir de changer notre société