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Des gens qui se bougent

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Fierté agricole, l’association de soutien aux agriculteurs LGBT

Une super association d'entraide pour agriculteurs LGBT

fierte

Paru le 15 octobre 2019

Ecrit par Elsa de Mqa

​Fierté agricole, c’est une belle initiative québecoise, que l’on aimerait importer ici en France. Objectif :  aider les agriculteurs LGBT à faire face à l’homophobie et à l’isolement, grâce à des rencontres et des ateliers organisés toute l’année.

Joé Desjardins, 37 ans, est président de l’association et gérant de troupeau. Il a grandi sur une ferme laitière en Abitibi, dans l’ouest du Québec, et dès l’âge de 11 ans, a commencé un élevage de vaches Holstein ! Membre de Fierté agricole, il nous explique pourquoi une telle association est nécessaire.

Fierté agricole a été créée par une travailleuse sociale, Maria Labrecque-Duchesneau, en 2008. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Oh, beaucoup de choses ! Lors de la première activité qu’elle a organisée, un souper, il y avait quatre agriculteurs. Depuis, la plus grosse activité qu’on a organisé a réuni 92 agriculteurs LGBT ! Et nous avons aussi organisé l’an dernier un colloque —  « Un monde rural diversifié » — qui a réuni 125 personnes, des personnes LGBT ou non, issues du milieu rural ou non,  pour que tout le monde mette la main à la pâte.

À quel besoin répond cette association ?

En France, il y a deux suicides par jour d’agriculteurs, et cela existe ici aussi, c’est une calamité. Par ailleurs, le taux de suicides chez les personnes LGBT est aussi bien plus élevé. Donc si on mixe les deux…

Est-ce qu’il y a encore de l’homophobie dans le monde agricole ?

Ce que je dis souvent, c’est que moi, je n’en subis pas. Est-ce que ça se passe dans mon dos ? Je ne sais pas. Et puis, les personnes qui en subissent ne seront pas forcément celles qui auront envie d’en parler ouvertement. Je les vois dans les activités : elles sont contentes de voir des personnes pour qui ça va bien.

 

Je dirais que la crainte de l’homophobie est plus grande que l’homophobie elle-même. Mais oui il y en a. Nous, on veut dire que si quelqu’un est prêt à travailler tous les jours de l’année pour un petit salaire et que ce qui l’en empêche, c’est la peur du jugement ou la peur de ne pas trouver de conjoint : on est là ! Tu n’es pas seul !

Vous êtes là pour lutter contre l’homophobie et aussi pour briser l’isolement. Ce n’est pas facile d’être gay, lesbienne, ou trans à la campagne.

En France, vous avez une émission, qu’on a copié ici : L’Amour est dans le pré. La réalité d’être seul sur une ferme est universelle. 90% des gens sont hétérosexuels, et il a fallu une émission de télé pour que ces agriculteurs se rencontrent ! Alors imaginez quand vous faites partie des 10%, et que votre ferme est à deux ou trois heures d’un bar gay.

 

Quand on finit son travail, qu’il est 21h, on peut aller prendre une bière en ville, en sachant que le réveil sonnera à 4h du matin… On ne peut pas le faire souvent. Les récoltes, les animaux… Le travail n’arrête jamais.

 

Et puis de l’autre côté, il y a une socialisation agricole particulière. Si un des mes animaux est décédé, que je me suis senti impuissant face à ce décès, je peux en parler à mes amis de la ville mais ils n’auront pas la même compréhension, ils ne connaissent pas l’impact émotionnel ou économique de cette perte. Si ma récolte de carotte n’a pas été celle espérée, ils peuvent se dire que ce n’est pas grave, ce ne sont que des carottes ! Mais si c’est mon seul revenu ? Bref, avoir un groupe d’amis comme nous, que l’on voit quelques fois dans l’année, ça fait du bien.

Vous essayez aussi de représenter le milieu agricole et rural dans la communauté LGBT urbaine.

Oui, car la population agricole canadienne s’élève à 1 à 2 % selon les provinces, c’est une minorité aussi ! Nous voulons rapprocher le monde citadin et le monde agricole. Quand, par exemple, on parle des abeilles qui meurent dans la presse, il faut savoir que ce n’est pas parce qu’on est agriculteur qu’on utilise tous des pesticides, ou qu’on n’a pas tout essayé avant de le faire. Et puis, des pesticides, les urbains en utilisent aussi sur leur gazon.

 

Parfois, il faut juste dire aux gens : les aliments que vous achetez au supermarché viennent d’une ferme, il y a un visage derrière. Vous achetez votre botte disons 2 dollars ? Sachez que j’étais au soleil pendant des heures pour désherber. Si vous saviez tout le travail qu’on a fourni, elle devrait revenir à 20 dollars ! Avant, les gens avaient des grand-parents, des cousins… qui étaient agriculteurs mais aujourd’hui le lien à l’alimentation s’éloigne.

Dans votre association, il n’y a que des agriculteurs ?

Non, on accueille tous ceux qui ont un intérêt pour l’agriculture et la vie rurale. Sinon, on ne serait pas assez nombreux, on ne pourrait pas former un réseau et briser l’isolement. Prenons l’exemple d’une cabane à sucre – ça va être folklorique ! [il s’agit de l’endroit où on fabrique les produits de l’érable, ndlr] Ceux qui la gèrent ne sont pas disponibles au printemps. Trois mois plus tard, ce sont ceux qui doivent cueillir les fraises ou couper le foin qui ne le seront pas.

 

Il y a aussi beaucoup de gens d’un certain âge, la quarantaine ou la cinquantaine, qui ont fait leur coming out quand ils avaient 18 ans, ont tout quitté pour aller à la ville à cause des préjugés… Mais leur passion et leurs valeurs sont agricoles. Ils sont contents de revenir sur les fermes.

Avis sur : Fierté agricole, l’association de soutien aux agriculteurs LGBT

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