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Timothée Parrique : « Décroissance ne veut pas dire récession »

Entretien avec Timothée Parrique, chercheur en économie écologique.

Timothée Parrique, chercheur en économie écologique.

Paru le 15 juin 2021, modifié le 22 juillet 2021

Ecrit par Déborah

La domaine de prédilection de Timothée Parrique, chercheur en économie écologique à l’université Clermont Auvergne, c’est la décroissance. Après avoir écrit une thèse sur le sujet, il prépare un livre, qui paraîtra début 2022 chez Flammarion. Ce modèle économique, selon lui, peut permettre de respecter les engagements de l’accord de Paris et faire baisser les inégalités. 

La décroissance est souvent entourée de connotations négatives. Comment l’expliquez-vous ?

Le mot « décroissance » est en effet souvent associé à la régression, la maladie, la perte de quelque chose. Avec la décroissance, on a l’impression de revenir en arrière. Ces clichés ont une explication en partie historique. En France, le terme « décroissance » a été utilisé pour la première fois par deux éditeurs de la revue Casseurs de pub, qui considéraient que le développement ne pouvait pas être durable. Par ailleurs, les clichés liés à la décroissance sont étroitement liés à l’importance de l’économie dans la société. La croissance économique est un phénomène très complexe à comprendre. Même les théories des chercheurs les plus pointus au niveau mondial n’expliquent pas la croissance dans sa totalité. Paradoxalement, tout le monde a un avis sur la croissance et la plupart des gens l’associent à quelque chose de positif. On pense peu souvent au fait que la croissance détruit parfois plus qu’elle ne crée.

Vous évoquiez le développement durable. Est-il nécessairement en opposition avec la décroissance ?

Aujourd’hui, personne n’est contre le développement durable ! C’est un problème car cela reflète le fait qu’il n’a aucune capacité transformante pour notre société. Comment le patron d’une entreprise exploitant des ressources fossiles, et les peuples indigènes qui souffrent directement de cette exploitation, peuvent-ils tous deux être en faveur du développement durable ? Ce concept ne permet pas de mettre en lumière les oppositions et les conflits d’intérêts, qui sont d’ailleurs à la source de la crise écologique actuellement.

Par ailleurs, lorsque l’on regarde les 17 objectifs de développement durable définis par l’Onu, on s’aperçoit que le n°8 consiste à, garantir la croissance économique. La croissance économique est donc partie intégrante du développement durable.

Mais le développement durable n’est-il pas un modèle valide compatible pour respecter l’environnement et les engagements des accords de Paris ?

Aujourd’hui, on parle de croissance verte plutôt que de développement durable. Respecter les accords de Paris impliquerait de découpler cette croissance de la consommation de ressources et d’énergies polluantes. C’est-à-dire faire augmenter le PIB grâce au développement du recyclage, de services propres, etc. L’an passé, des chercheurs ont passé en revue 835 études sur la croissance dans le monde depuis les années 1990. Cette étude montre que la croissance est encore très couplée aux activités polluantes. Cela fait plus de 20 ans qu’on essaie d’avoir de la croissance verte, sans réel succès. Le découplage est très lent. Et au vu des projections du GIEC, il nous faut aller vite. Il nous faudrait donc tout de même un plan B ! Un modèle économique alternatif. C’est pour cela que j’aime bien l’option de la décroissance. Il faut bien garder en tête que décroissance ne veut pas dire récession, mais changement vers une économie alternative.

En quoi la décroissance est-elle plus vertueuse à cet égard selon vous ?

En matière de climat, on a affaire à des écosystèmes qu’on connaît mal et qui ont un seuil de basculement. C’est le cas de l’environnement marin, où l’on peut pêcher, pêcher, jusqu’à ce que la surpêche entrave la reproduction même des poissons et que la baisse de la population de poissons mette à mal tout un écosystème. C’est ainsi qu’en Somalie on ne trouve plus de poisson en raison de la surpêche. Sous le spectre de la croissance verte, on chercherait des solutions pour continuer à pêcher, comme mettre en place des fermes d’élevage. Mais pourquoi ne pas tout simplement arrêter de pêcher au moins le temps que l’écosystème se régénère ? Même chose pour le transport aérien. Mieux vaudrait moins prendre l’avion, en attendant que des technologies capables de faire voler des avions propres existent réellement. D’ailleurs a-t-on réellement besoin de tant pêcher et de tant prendre l’avion pour atteindre un seuil de suffisance des besoins satisfaisant ?

Qu’entendez-vous par seuil de suffisance ?

Initialement, nous avons une économie organisée autour des besoins. La croissance économique permet de produire des biens et des services pour répondre aux besoins de tous jusqu’à ce que ces besoins soient remplis, autrement dit jusqu’à ce qu’ils atteignent leur seuil de suffisance. Une fois que ces besoins (bonne santé, bonne alimentation, confort de vie…) sont atteints, pourquoi chercher la croissance infinie ? Une grosse part de cette croissance ne fait alors que gonfler les inégalités et elle peut même amener plus de coûts (une forte pollution par exemple), que de bénéfices.

 

Avis sur : Timothée Parrique : « Décroissance ne veut pas dire récession »

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Les commentaires :

Démarche très puissante que celle de M. Parrique, très compatible avec notre mouvement pour le rationnement carbone redistributif décrit sous http://www.comptecarbone.org. France inter nous a permis d’en débattre hier matin avec Jean Tirole qui a montré son opposition sans argument sur l’efficacité. Nous aimerions bien continuer le débat sereinement.

@ Armel Prieur : merci pour votre message. Ce serait intéressant que vous nous expliquiez plus en détail votre démarche. Nous prendrons contact avec vous. A bientôt.

Beaucoup d’ humains n’ont pas atteint ce seuil…..la démographie est un des facteurs de cette « croissance « , il en est le principal quant à l’impact écologique

@ Jean-Michel Vola Merci pour votre message. Nous partageons votre point de vue en étant également convaincus que dans les pays développés le principe de sobriété devrait s’appliquer davantage et être une partie de la solution.

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