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Asticots, sangsues, abeilles… quand les insectes nous soignent

De plus en plus d'hôpitaux utilisent bestioles et produits de la nature pour accélérer la guérison de leurs patients.

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Paru le 26 juin 2018

Ecrit par Elsa de Mqa

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Si on vous dit qu’une plaie nettoyée aux asticots ou qu’une greffe de doigts agrémentée de sangsues guérissent au poil, vous seriez partant pour essayer ? Allez, ne chipotez pas, figurez-vous que si vous êtes adepte du sirop Hélicidine pour soigner votre toux, vous ingérez de la bave d’escargot.

« Malgré cette importance dans la pharmacopée, le rapport aux animaux comme médicaments a toujours été plus compliqué qu’avec les plantes, pour des questions d’idéologie, de religion ou de regard social », explique Élisabeth Motte-Florac, ethnopharmacologue, dans son livre Animaux Médecine. « Les scientifiques ont compris les perspectives énormes offertes par les venins et poisons du monde animal, et valident bien souvent des traditions populaires encore récemment ridiculisées ».

Petit tour d’horizon de pratiques bien installées dans  le paysage hospitalier français.

  • Des sangsues pour les greffes

On parle bien de ces horribles limaces noires – nom latin Hirudo medicinalis, d’ou l’hirudothérapie. Elles ont moult applications : en médecine générale, elles peuvent soulager des phlébites, des hémorroïdes ou l’hypertension; en chirurgie, on les utilise pour les greffes. Dans le service de chirurgie plastique « mains » du CHU de Rouen par exemple, les infirmières ont suivi un diplôme universitaire “plaies et cicatrisation” pour les manipuler et la pharmacie de l’hôpital en dispose en permanence. Elle est prescrite – si besoin –  dans le cadre « de réimplantations de doigt ou de lambeaux cutanés à l’occasion d’une chirurgie réparatrice ou reconstructrice », explique Martine Damade, infirmière, interrogée par Paris Normandie. En plus, c’est une technique qui ne coûte pas bien cher (environ 7 euros la sangsue). Si vous voulez voir une image, cliquez ici.

Lorsqu’elle se plante dans la peau, par la tête, la sangsue libère de l’hirudine, un anti­coagulant qui contient aussi de l’anesthésiant. Il n’est pas facile de reconnecter de minuscules vaisseaux et les sangsues peuvent alors faciliter le retour veineux et éviter la congestion.

Pour la petite histoire, sachez que plusieurs entreprises élèvent ces sangsues médicinales. Si vous avez le coeur bien accroché, vous pouvez en commander pour vous faire une séance d’hirudothérapie pépère chez vous. Il parait qu’elles ont un effet relaxant et euphorisant que personne n’arrive à expliquer !

  • Des pansements à l’asticot

Les  larves de la mouche verte « lucilia sericata » sont tip top lorsqu’il s’agit de nettoyer une plaie. Elles ont la particularité de se nourrir uniquement de tissus morts, ce qui accélère la cicatrisation des plaies, des escarres par exemple. Les asticots sont enfermés dans un sachet stérile – on dirait des haricots blancs – déposé sur la plaie. Sur certaines plaies « se forme de la fibrine, des cellules mortes qui contaminent le reste, et la chair se nécrose. Là, on est en situation d’impasse cicatricielle », explique dans la Dépêche la docteure Julie Malloizel-Delaunay. Et « pour nettoyer une plaie qui n’arrive pas à cicatriser, la larvothérapie marche très bien », résume la spécialiste en médecine vasculaire au CHU de Rangueuil, Toulouse.

Seuls freins à l’utilisation : le coût (170 euros les 50 larves, prix de 2013) et la faible envie des gens de se faire croquer par des asticots.

  • Des pansements au miel

Finissons avec un exemple plus alléchant : le miel – notamment de lavande et de thym – pour ses propriétés antibactériennes, antiseptiques et anti-inflammatoires. Plaies, escarres, brûlures… le miel peut être une aide précieuse pour accélérer la guérison. Au CHU de Limoges, on l’utilise quotidiennement. Et pour cause, c’est le professeur Bernard Descottes, aujourd’hui décédé, qui l’a instauré dès 1984 dans son service de chirurgie digestive. Autant dire qu’à l’époque, il passait pour un rigolo, même si l’utilisation de pansements au miel remontent à l’antiquité.

Pour être précis, les soignants l’utilisent surtout pour des plaies profondes, et non fermées par des agrafes ou des points de suture. « Il y a plusieurs mécanismes qui interagissent, explique la professeure Sylvaine Durant-Fontanier, chirurgien digestif. La forte concentration en sucre fonctionne comme une pompe à humidité, qui permet de diminuer l’œdème au niveau de la plaie. Son acidité est aussi active contre les germes. Autre action sous l’effet d’une enzyme : la libération de peroxyde d’hydrogène qui favorise la multiplication cellulaire et la vascularisation des tissus. »

Et si vous vous dites que tout cela est un peu étrange, rappelez vous que quand vous prenez un sachet de Smecta, vous mangez tout simplement de la terre…

 

Crédit photo : Nathan Walls

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