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Ça fait réfléchir

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Et si on arrêtait de surmédicaliser l’accouchement ?

Elles sont nombreuses à dire qu'à l'hôpital, on leur a "volé leur accouchement". Une experte fait le point.

surmedicalisation-accouchement

Paru le 3 avril 2018

Ecrit par Elsa de Mqa

Ça fait réfléchir

Avez-vous déjà regardé une vidéo d’accouchement d’un animal en captivité? « Personne n’oblige une éléphante à se coucher sur le dos et à pousser sur ordre. Aucun vétérinaire n’introduit ses doigts dans le vagin d’une girafe pour contrôler la dilatation de son col. Pas un gardien de parc n’a l’idée d’appuyer sur le ventre d’une guenon pour accélérer la naissance de son  petit. […] Seul un professionnel assure, par sa présence discrète et silencieuse, une sécurité permettant de réagir en cas de complication» , assure Marie Hélène Lahaye, auteure de Accouchement, les femmes méritent mieux (Ed Michalon, 2017).

Certes, la comparaison interloque… et pourtant, l’auteure pointe du doigt un phénomène : la surmédicalisation de l’accouchement dans le monde occidental. 

Loin de vouer aux gémonies le corps médical, elle rappelle tout de même quelques faits, quelques chiffres. 90% des accouchements se passent bien, par exemple. Et elle questionne : comment se fait-il que tant de femmes sortent de la maternité en se disant « on m’a volé mon accouchement » ? Est-il possible de questionner les forts nombreux contrôles auxquels sont sujettes les femmes – écho-doppler en continu par exemple – ou les interdictions – de boire ou de manger ? Le magazine Slate pointe le paradoxe : « un accouchement ou une grossesse ne pourra être considéré comme ne nécessitant aucune intervention médicale qu’après avoir fait l’objet d’une intervention médicale ». Comment se fait-il que les femmes soient – pour la plupart – sur le dos lorsqu’elles accouchent, alors que cette position est loin d’être idéale pour pousser ? (En Angleterre, elles se mettent sur le côté par exemple !).

 

Rendre les femmes maîtresses de leur accouchement

En fait, Marie Hélène Layahe veut tout simplement « rendre les femmes maîtresses de leur accouchement ». Et cela passe par des choses assez simples : leur permettre de bouger par exemple, de se déplacer… et de retrouver confiance en leur corps, en sa puissance.

Elle souligne, dans l’Humanité« Il faut questionner ce « système fordiste » qui consiste à « accélérer » une femme, à en « ralentir » une autre, à dégager la salle […] Tout cela perturbe le fonctionnement physiologique de l’accouchement, entraîne des douleurs et un climat anxiogène ».

 

Même son de cloche du côté du Dr Bernard A. , gynécologue obstétricien, qui pratique depuis près de 40 ans dans une clinique parisienne, interviewé par TV5 Monde« Les internes n’ont pas le temps de prendre contact avec les futures mamans, de discuter avec elles, de les écouter et d’anticiper. On fait face à des usines à bébés, il faut faire vite et bien, enfin d’un point de vue médical. L’obstétrique est un métier manuel, presque un artisanat, un apprentissage de l’accouchement par la voie basse, de vraies techniques qui ne sont plus enseignées. Aujourd’hui, on privilégie la chirurgie. Couper, réparer, couper, réparer, c’est tout ce qu’on recherche. »

 

Il n’y a pas que les militantes féministes qui se saisissent du problème. Même la Haute autorité de Santé (HAS) émet des recommandations en ce sens. Les experts conseillent par exemple de ne pas multiplier les touchers vaginaux, et de « limiter les interventions techniques et médicamenteuses au minimum nécessaires dans le respect du choix des femmes ». On note aussi bien d’autres recommandations. Car si certaines femmes ont le sentiment qu’on leur a « volé leur accouchement », d’autres subissent des pratiques que l’on qualifie de « violences obstétricales ».

 

Les épisiotomies excessives, une violence obstétricale

La plus connue ? Les épisiotomies excessives. Si le fait d’ouvrir le périnée pour que celui-ci ne se déchire pas au passage du bébé est parfois indispensable, l’épisiotomie est bien trop pratiquée en France. Et ce ne sont pas de farouches féministes qui le disent… mais l’OMS. En 1997, il préconisait de faire baisser ces incisions à moins de 10% ! En France, on les pratique dans 27 % des cas (44 % pour une première naissance). « On a longtemps cru qu’une épisiotomie permettait de réduire les dommages, qu’il est moins compliqué de réparer une incision chirurgicale qu’une déchirure, explique le Pr Franck Perrotin, responsable des maternités de Tours et Chinon, dans la Nouvelle République. Des études ont au contraire démontré que la rançon cicatricielle était plus forte avec les épisiotomies. » 

 

Comme le dit, dans Libé, l’historienne Nathalie Sage Pranchère, qui milite pour une « humanisation des naissances », « l’accouchement apparaît violent à ceux qui l’observent. C’est un processus très intense physiquement et émotionnellement, mais le corps est naturellement capable de le mener à terme ».

 

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Crédit photo : flickr sabianmaggy

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