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Garçon ! Une douzaine d’huîtres non triploïdes, svp

Connaissez-vous les huîtres triploïdes ? Non? Pourtant, vous avez dû en manger le soir de Noël !

Garçon ! Une douzaine d'huîtres non triploïdes, svp

Paru le 5 janvier 2016

Ecrit par Mon quotidien autrement

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Ah Noël, ses cadeaux, ses papillotes, ses bûches et ses huîtres triploïdes ! Triploïdes, soit génétiquement modifiées: contrairement à vous, votre chat et bon nombre d’êtres vivants, ces huîtres-là ont trois jeux de chromosomes, et non deux. Quand votre beau-frère a commencé à en parler, vous avez cru qu’il voulait encore épater la galerie avec ses savoirs inutiles. En fait, le sujet est plus important qu’il n’y paraît.

Flash-back – Au début des années 2000, les premières huîtres à trois paires de chromosomes débarquent sur le marché. Comment les fabriquer ? En croisant une huître tétraploïde (à quatre paires de chromosomes, entièrement créée en labo) et une huître biploïde, soit “normale”, vous obtenez une triploïde. Le mariage d’un « super géniteur » à une huître normale donne bel et bien une huître modifiée (triploïde) avec censément plein d’avantages. Ce ne sont pas des huîtres qui grandissent en mer, mais en écloserie. C’est l’Ifremer, Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer, qui a mis au point la technique en 2000, et l’a brevetée. On estime que plus de la moitié de la production française est triploïde.

Mais… pourquoi faire ?- Elles sont stériles (parce qu’elles ont trois paires de chromosomes) et donc sans laitance et bien charnues. En plus, « l’huître des quatre saisons » se produit en deux ans au lieu de trois, puisqu’elles ne se fatiguent pas à se reproduire, activité qui lui prend normalement environ deux tiers de son énergie. Et enfin, on peut les consommer toute l’année. Bref, tout benef !

Alors, c’est quoi le problème ? – Déjà, on peut légitimement s’interroger : a-t-on envie de manger des organismes vivants modifiés (OVM) ? Surtout que, pour l’instant, et malgré la pression de certains ostréiculteurs ou élus écologistes comme Joël Labbé, sénateur EELV du Morbihan, aucun étiquetage n’est obligatoire. Impossible donc de savoir si vous mangez des triploïdes ou non !

Surmortalité – Par ailleurs, nous avons assisté à des surmortalités de jeunes huîtres, touchées par un herpès virus (OsHV-1). Et cette hécatombe “ coïncide, comme le font remarquer certains scientifiques, avec l’introduction massive des triploïdes dans le milieu”, a affirmé Joel Labbé, lors d’une question au gouvernement. Du côté des huîtres adultes, triploïdes ou non, ce n’est pas la joie non plus : les triploïdes sont particulièrement vulnérables aux agressions bactériennes. Jean-Patrick Le Duc, du Muséum national d’histoire naturelle, insiste, dans le Point : « Les cas des huîtres triploïdes ou du saumon transgénique – qui constitue désormais l’essentiel de l’offre du saumon d’élevage – sont emblématiques : on les a introduits massivement au risque de déséquilibrer complètement les écosystèmes, sans appliquer le principe de précaution. D’après moi, l’huître triploïde constitue un danger pour la biodiversité et l’hécatombe ostréicole qui sévit depuis 2008 pose la question de la fragilité de ces organismes modifiés. »

Stérile, vraiment ? – Autre inquiétude : ces huîtres triploides ne seraient pas totalement stériles ! Ce qui constitue un gros problème pour le patrimoine génétique des huîtres. Imaginez qu’elles se reproduisent avec des huîtres « normales »: cela bouleverserait l’écosystème. L’Ifremer, qui a la charge des « supers géniteurs » – ces huîtres à quatre paires de chromosomes, tétraploïdes, qui permettent de créer celles à trois – a aussi la charge de les vendre aux écloseries. En cas d’erreur de manip, ces « supers géniteurs » pourraient s’échapper dans la nature. L’Ifremer, lui, nie d’éventuels problèmes liés à ces huîtres sur son site.

Le super hic – Le brevet d’obtention des huîtres tétraploïdes de l’Ifremer expire cette année. Des entreprises privées pourraient donc l’acquérir. « Pour éviter ce scénario à la Monsanto, le Comité national de conchyliculture (CNC) envisage de se porter acquéreur du brevet », explique le site Que Choisir.

Privatisation du vivant – Car outre les problèmes de mortalité, et les risques de problèmes génétiques, ces triploïdes posent la question de la dépendance des ostréiculteurs aux écloseries, qui détiennent les « super géniteurs ». Evidemment, si vous êtes un ostréiculteur lambda, vous ne pouvez et ne savez pas comment fabriquer un super-géniteur… Joel Labbé compare cette dépendance à celle « des agriculteurs au regard des semenciers » et évoque une « logique de privatisation du vivant ».

Que faire ? – Déjà, vous pouvez poser la question à votre marchand. Par exemple, les huîtres de captage naturel sont forcément diploïdes. Celles élevées en écloserie sont soit diploïdes soit triploïdes… Sinon, allez faire un tour sur le site des Ostréiculteurs traditionnels, qui ont à coeur de défendre les huîtres élevées en mer (et donc non modifiées).

Pas de panique, nous avons aussi une astuce pour reconnaitre ces dites huîtres (et s’en passer !) : la charnière, soit la partie pointue de l’huître, rebique sur elle-même, et forme une sorte de bec.

Cette histoire d’huîtres vous a semblé compliquée ? On n’a pas voulu vous assommer pendant les fêtes. Mon Quotidien Autrement vous offre donc un superbe livre :  ‘L’Huître en questions » (Ed. Les Ateliers d’Argol), de Catherine Flohic, auteure et éditrice. Elle a rencontré 30 spécialistes du coquillage. Le résultat : 350 pages illustrées de belles photographies, histoire de faire un tour de France très iodé… depuis son canapé.

(Il est désormais trop tard pour participer au tirage au sort, afin de gagner le livre de Catherine Flohic)

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