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Où sont les femmes ?

Comment le manque de données genrées discrimine les femmes au quotidien.

Dans l'industrie automobile, les essais de collisions sont faits avec des mannequins masculins. © Benjamin

Paru le 3 mars 2020

Ecrit par Déborah

« La plus grande partie de l’histoire de l’humanité se réduit à une vaste absence de données », écrit Caroline Criado Perez dans la préface de son livre, Femmes invisibles (Ed.First). À une absence de données genrées, si on veut être précis. Et ces absences (dans le cinéma, les actualités, la littérature, la science, l’urbanisme, l’histoire…) ont des conséquences, chaque jour, sur la vie des femmes. C’est ce que cherche à montrer la journaliste et activiste britannique dans son ouvrage, sorti en février en France.

C’est le cas lorsqu’une femme frissonne dans des bureaux où la température a été réglée selon une norme masculine, ou bien quand une femme a du mal à atteindre une étagère, installée à hauteur d’homme. Quand un téléphone portable lui glisse des mains car il a été conçu pour des mains plus grandes. Quand elle doit attendre des heures avant d’aller aux toilettes car ses besoins n’ont pas été pris en compte. Les (très nombreux) exemples cités dépeignent un monde pensé par les hommes, pour les hommes, dans lequel les femmes sont victimes d’une discrimination qui ne dit pas son nom.

A défaut de pouvoir tous les citer, nous avons sélectionné trois exemples particulièrement parlants :

1/ Quand la technologie fait perdre leur voix aux femmes

Ou comment les logiciels de reconnaissance vocale, en l’absence de données genrées, sont inadaptés pour les femmes. Caroline Criado Perez rapporte les propos d’une femme qui s’est aperçue que le système de commande vocale de son véhicule n’écoutait que son mari, alors que celui-ci se trouvait du côté passager. « Peu après avoir écrit ceci, raconte l’auteure, je me trouvais en compagnie de ma mère, à bord de sa Volvo Cross-Country, et elle essayait, sans y parvenir, d’appeler sa sœur avec le système de reconnaissance vocale. Au bout de cinq échecs, je lui ai suggéré de parler d’une voix plus grave. Cela a marché dès le premier essai. »
Ces deux exemples illustrent combien les systèmes de commande vocale sont inappropriés aux voix des femmes. Des dysfonctionnements qui s’expliquent par le fait que ces technologies reposent sur de vastes banques d’enregistrement vocaux, qu’on appelle des corpus. Et ces derniers sont majoritairement composés d’enregistrements de voix masculines. C’est du moins ce que l’on pense. Le seul corpus qui fournit des informations ventilées par genre, le Linguistic Data Consortium, dispose d’un contenu à 69 % masculin.

2/ Quand les mannequins sont masculins

Sans quitter l’univers automobile, on trouve plus grave encore. Car les voitures, dans leur ensemble, sont conçues pour les hommes, ce qui a un impact direct sur la sécurité des femmes. « L’angle formé par nos genoux et nos hanches, pour que nos jambes plus courtes puissent atteindre les pédales, rend nos jambes plus vulnérables, explique l’auteure de Femmes invisibles. Les femmes sont également plus exposées en cas de collision par l’arrière, car elles sont moins musclées au niveau du cou et du haut du torse et sont donc jusqu’à trois fois plus vulnérables au coup du lapin.
Les véhicules sont conçus à l’aide de tests de collision faisant appel à des mannequins s’inspirant d’un homme « moyen ». Le plus utilisé mesure 1,77m et pèse 76 kg, bien loin de la taille et du poids moyen d’une femme. Et rien n’oblige les constructeurs à faire des tests adaptés aux femmes. Pire, parmi les cinq tests de collision requis par l’Union européenne, quatre spécifient qu’un mannequin masculin doit être utilisé. Et le seul qui fait appel à un mannequin féminin est peu pertinent. « Pour commencer, ce mannequin n’est testé que dans un siège passager, de sorte que nous ne disposons d’aucune donnée sur la façon dont une conductrice serait affectée. […] Ensuite, ce mannequin féminin n’est pas vraiment féminin, il s’agit juste de la version réduite d’un mannequin masculin. » On ne parle même pas de la situation des femmes enceintes, pour qui aucune ceinture de sécurité convenable n’a encore été mise au point !

3/ Même le déneigement est sexiste

« Tout a commencé par une plaisanterie, relate Caroline Criado Perez. En 2011, les autorités de la ville de Karlskoga en Suède étaient sous le coup d’un projet portant sur l’égalité des sexes, ce qui signifiait qu’elles devaient réévaluer toutes leurs politiques, en les examinant sous l’angle du genre. Alors que l’on jetait une lumière crue sur les pratiques de la ville, les unes après les autres, un malheureux fonctionnaire déclara en riant qu’au moins, les militants antisexistes n’allaient pas fourrer leur nez dans un sujet comme le déneigement. » Il ne croyait pas si bien dire. En y regardant à deux fois, le déneigement, en l’absence de données genrées, pouvait s’avérer sexiste. Car dans cette ville, comme un peu partout dans le reste du pays, le déneigement commençait par les grandes artères et se terminait par les allées piétonnières et les pistes cyclables. Et alors que « les hommes ont en général des habitudes de déplacement assez simples : une navette deux fois par jour pour aller en ville et en revenir, […] les formes de déplacement des femmes ont tendance à être plus compliquées » : elles emmènent davantage les enfants à l’école, vont au travail, vont faire les courses, etc.. Elles accomplissent « 75 % du travail de soins et d’accompagnements non rémunéré dans le monde, ce qui influe sur leurs besoins de déplacement ». Commencer par déneiger les boulevards désavantageait donc fortement les femmes. La bonne nouvelle, c’est que Karlskoga a modifié l’ordre des opérations de déneigement et que cette décision pourrait même jouer sur le nombre de piétons blessés. Des études suédoises ont montré que ces piétons, en majorité des femmes, ont trois fois plus de chance d’être blessés sur des voies glissantes ou verglacées.

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